Interview réalisée par KujaFFman
pour le site Squaremusic.
Interview Squaremusic : Tout d'abord M.
Uematsu, c'est un plaisir de vous rencontrer.
Nobuo Uematsu : Enchanté.
SM : Ce n'est pas votre premier voyage en France.
Combien de fois êtes-vous venu ?
NU : C'est la 5ème fois.
SM : Comment trouvez-vous ce pays ?
NU : Chaque fois que je suis venu, ce
n'était pas pour très longtemps. Je n'ai pas eu le
temps de voir le pays en détail. Par contre, je pense que
les Français sont des gens originaux. J'ai l'impression que
dans ce pays, on fait attention à ce que font et pensent les
autres. C'est un pays très artistique.
SM : C'est vrai. Et le décalage horaire,
ça n'a pas été trop difficile ?
NU : Est-ce que j'ai l'air fatigué ?
(rires)
SM : Non, pas du tout. (rires)
SM : Bien, parlons de votre travail.
Commençons avec Final Fantasy VII Advent Children, qui est
un film et non plus un jeu. Comment cela a-t'il changé vos
habitudes de composition ?
NU : Hmm... Il n'y a pas vraiment de
différences dans la création de la musique. Par
contre, Final Fantasy VII Advent Children que vous venez de voir
est un film très pointu, très concentré, donc
j'ai essayé de mettre de la musique pointue, juste. Il y a
beaucoup de sens et c'est très dynamique, ainsi j'ai surtout
créé la musique avec The Black Mages. C'est donc de
style plutôt rock.
SM : Justement, pourquoi ce changement de style ?
Ce n'est pas celui qu'on a l'habitude d'entendre dans vos bandes
originales.
NU : (rires) Beaucoup de gens, comme vous, pensent
que mon style n'est pas le rock. Mais quand j'étais jeune,
j'en faisais beaucoup. Par contre, quand j'ai commencé
à travailler sur Final Fantasy, le style était plus
orchestral. Mais comme ce n'est pas mon propre style, ce
n'était pas très grave si je faisais des erreurs.
Mais avec le rock, je voudrais me perfectionner. J'ai
rencontré les gens qui ont les capacités pour qu'on
puisse faire cela ensemble.
SM : A propos de Final Fantasy XII, que
pouvez-vous dire, rapidement ?
NU : J'ai fait quelques compositions mais
ça n'est pas encore enregistré car je cherche encore
une chanteuse ou un chanteur.
SM : Eh bien, bon courage !
NU : (rires) Vous aussi. (rires)
SM : Quittons Square Enix et passons à
Smile Please.
NU : Ah, Smile Please...
SM : Comment vous sentez-vous maintenant que vous
travaillez à votre propre compte ?
NU : En ce moment, je vérifie le
marché afin de recruter d'autres personnes en tant que
responsables. Mais je n'ai pas beaucoup de temps donc je ne vois
pas encore ce que ça va être. Quand nous serons 5 ou
6, ça sera mieux.
SM : J'espère que vous allez bien vous
entourer.
NU : Vous aussi. (rires)
SM : J'ai peur de la prochaine question si jamais
vous répondez "vous aussi" ! Si Square Enix vous propose de
travailler à nouveau avec eux, le ferez-vous ?
NU : Oh oui ! J'accepte ! (rires)
SM : Moi aussi ?
NU : Vous aussi ! (rires)
SM : Sur quels projets travaillez-vous
actuellement ?
NU : Plusieurs : je dois finir les musiques de
Final Fantasy VII Advent Children ; le groupe The Black Mages va
sortir un second album et faire un concert en janvier, nous devons
en faire la publicité ; l'année prochaine, il y aura
encore d'autres concerts ; et en même temps, je voudrais
encore faire des musiques avec M. Sakaguchi, l'ancien directeur des
Final Fantasy, car il a une autre société qui
crée de nouveaux jeux.
SM : Justement, M. Sakaguchi a fondé la
société Mist Walker et vous avez annoncé que
vous allez travailler sur 2 des 3 projets actuellement en cours,
des jeux qui selon M. Sakaguchi seront plus profonds encore que les
Final Fantasy.
NU : Je viens juste de collaborer avec lui. Il y a
20 ans nous avions une vingtaine d'années, et nous avions
fait Final Fantasy, et aujourd'hui nous avons la quarantaine, donc
le temps a passé. Quel style ce sera, cette fois ? Nous
sommes très excités par ces nouvelles
créations.
SM : On espère que ça fera quelque
chose de vraiment excellent.
NU : Je le transmettrai à M.
Sakaguchi.
SM : M. Sakaguchi est connu partout dans le monde
et ainsi en France, on attend beaucoup ses nouveaux projets.
NU : Au concert de Los Angeles en mai dernier, M.
Sakaguchi était là. Après avoir trop bu, il
disait "holala, ce genre de concert, nous devons le faire à
l'opéra Garnier." (rires) Il pense toujours à la
France. Quand je lui demandais "pourquoi la France ?" il me
répondait "parce que je veux aller en France."
SM : On attend que lui !
NU : (rires) Je lui dirai.
SM : A propos de The Black Mages dont le second
album sort ce mois-ci, comment est née l'idée du
groupe ?
NU : Quand le clavériste M. Fukui et le
guitariste M. Sekito, qui travaillent chez Square, s'amusaient
à faire des thèmes de combat. Un jour, ils m'ont fait
écouter et ça m'a beaucoup plu. C'était
dommage de ne faire ça que pour des jeux, donc pourquoi ne
pas faire un groupe ? C'était en 2002.
SM : C'était une très bonne
idée, surtout que le travail de MM. Sekito et Fukui chez
Square était très bon. Ca fait plaisir de voir un
groupe d'aussi bons musiciens.
NU : Vous avez entendu The Black Mages ?
SM : Oui, bien sûr, et j'attends avec
impatience le 2ème.
NU : Ce serait bien qu'on le sorte en
France.
SM : Sur The Black Mages II, la dernière
piste est dédiée à un certain Takehiro
Murahama, un lutteur japonais. Pourquoi lui avoir fait cette
musique ?
NU : (rires) M. Murahama nous a demandé de
créer son propre thème. Ensuite, lorsqu'il est
entré sur le ring pour le combat, on a entendu cette
musique.
SM : En dehors du rock avec The Black Mages,
pensez-vous refaire un album solo, du type Phantasmagoria, ou avec
plusieurs compositeurs, comme les deux Ten Plants ?
NU : C'est un problème de temps, car je
fais déjà de la musique et des concerts. Mais je suis
motivé pour le faire.
SM : J'espère, car Phantasmagoria
était un très bon album.
NU : Vous l'avez entendu ?
SM : J'ai entendu presque tout ce que vous avez
fait.
NU : Ca doit vous faire mal à la
tête. (rires)
SM : Généralement, que pensez-vous
des autres musiques des compositeurs de jeux ?
NU : Beaucoup sont sympathiques. Mais j'attends la
venue d'une nouvelle génération d'une vingtaine
d'années, comme quand ma génération est
arrivée, et que cette nouvelle génération
"crie" de sa propre manière. Beaucoup de compositeurs sont
sympathiques mais il ne faut pas imiter ce qu'on a
déjà fait, il faut élargir le champ.
SM : Vous ne pensez pas qu'il y en a certains qui
ont quand même tenté d'aller plus loin ? Je ne cite
pas de noms, mais certains compositeurs commençent à
s'affirmer différemment.
NU : Je ne sais pas les noms, mais dans le monde
de la musique de jeux, j'ai l'impression que tout le monde veut
faire comme à Hollywood. Il n'y a donc pas beaucoup
d'originalité. C'est difficile à faire en ce moment
au Japon. Si quelqu'un me demande quels sont mes musiques de jeux
préférées, je réponds Super Mario de M.
Kondo, mais M. Kondo a le même âge que moi.
SM : Donc il faudra attendre une nouvelle
vague.
NU : Ce n'est peut-être pas au Japon qu'il y
en aura une, peut-être que ce sera en France. Mais c'est
difficile, comme dans les films, de faire des choses à part.
Je pense que ça viendra en France et à
l'étranger, car il y a des compositeurs talentueux, et il y
a surtout de l'originalité car, en France, tout le monde est
accepté.
SM : Petite question à part, comment
avez-vous rencontré M. Shiro Hamaguchi ?
NU : M. Hamaguchi m'a été
présenté par M. Sasagawa, qui travaille dans les jeux
vidéo.
SM : Toshiyuki Sasagawa ?
NU : Vous connaissez bien ! (rires)
SM : Tengai Makyo !
NU : Tengai Makyo ! (rires) Vous êtes un
spécialiste.
SM : Eh oui, je suis un spécialiste.
NU : Donc, M. Hamaguchi travaillait pour une
agence nommée Imagine. C'est comme ça que nous nous
sommes rencontrés.
Question du caméraman : Après Final
Fantasy VII Advent Children, seriez-vous intéressé
par faire des musiques pour le cinéma ?
NU : Je n'ai pas de projets en ce moment, mais je
suis toujours intéressé par m'occuper des chansons
thèmes, pas vraiment des musiques du film. Et ce serait
plutôt pour des films de famille ou d'amour, pas
d'action.
SM : Pour conclure, comment voyez-vous
l'évolution de la musique de jeu, plus flexible selon la
manière dont on joue, ou toujours plus orchestral et
grandiose, mais figé ?
NU : Ce n'est pas très intéressant
de voir les musiques de jeu figées, je préfère
laisser l'esprit libre. En plus, dans le monde, il y a plein
d'idées. Je veux voir la musique de jeu plus flexible car
c'est un genre de liberté.
SM : Merci.